Pêche à la mouche en lac de montagne

Voici un nouvel article pour vous parler un peu de la pêche à la mouche en lac de montagne. Depuis ces 3 ou 4 dernières années, j’ai eu l’occasion de réaliser plusieurs belles randonnées dans le massif des Pyrénées, à travers lesquelles j’ai pu découvrir à la fois le plaisir de marcher à travers des paysages de montagne souvent grandioses, tout en pratiquant ma passion pour la pêche à la mouche sur des lacs magnifiques et souvent peu fréquentés par les pêcheurs.

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La pêche à la mouche en lac de montagne ne peut se pratiquer correctement que si vous possédez déjà les bases de la technique du lancer propre à cette pêche. Je vous renvoie d’ailleurs en passant à mon article sur Comment bien débuter la pêche à la mouche. En effet, contrairement aux étangs, aux réservoirs et aux rivières de plaine et de basse altitude, les lacs de montagne sont des lieux préservés où règne la majeure partie de l’année une quiétude totale. Les poissons qui peuplent ces lieux sont donc habitués à une faible fréquentation voire une quasi absence de l’homme et des grands animaux. La discrétion du pêcheur, le soin du lancer et la délicatesse du posé de la mouche seront essentiels et des points à vraiment soigner, si vous souhaitez avoir au moins une chance de faire quelques beaux poissons.

Quels types de poissons peuplent les lacs de montagne ?

Les lacs de montagne, c’est à dire ceux situés au minimum à plus de 1500 mètres d’altitude, sont généralement gelés en surface tout l’hiver. En effet, en altitude les températures diminuent rapidement avec un gradient thermique moyen d’environ 0.6°C tous les 100 mètres. Par exemple, lorsque la température en hiver en vallée à 800 mètres est d’environ 5°C, il fait déjà 0°C 900 mètres plus haut. Ceci s’explique par le fait que la pression atmosphérique et donc la densité de l’air diminuent avec l’altitude. En effet la physique nous apprend que tout gaz qui se détend, se refroidit par la même occasion. Par ailleurs, moins il y a d’air, et moins les radiations infrarouge issues de l’absorption des rayons solaires par le sol sont piégées par l’atmosphère ce qui amplifie ce phénomène de refroidissement avec l’altitude.

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Mais si les lacs de montagne sont souvent gelés à leur surface en hiver, cela ne signifie pas que la température en profondeur est aussi glaciale. Bien au contraire. Les propriétés chimiques de l’eau sont uniques, et tandis que la glace plus légère, flotte à la surface, l’eau liquide atteint sa masse volumique maximale (devient donc plus lourde) autour de 4°C. Ce qui signifie que même si la surface des lacs de montagne en hiver est gelée, la température en pleine profondeur est de 4°C et permet à certaines espèces de poissons de survivre pendant les mois les plus rudes.

Les lacs de montagne ont une température qui s’échelonne toute l’année selon un degré de température. La couche supérieure est appelée épilimnion, et la couche inférieure est l’hypolimnion. Ces 2 couches sont séparées par une troisième appelée thermocline qui se traduit par un gradient brutal de température et une limitation quasi hermétique des échanges gazeux entre les 2 premières couches. Ce n’est qu’au printemps et à l’automne, lorsque la température à la surface respectivement remonte ou s’abaisse à 4°C, que les différentes couches d’eau s’homogénéisent, permettant ainsi une oxygénation des eaux profondes, indispensable à la survie des espèces et des végétaux occupant les profondeurs.

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Les seuls poissons qui peuplent les lacs de montagne sont donc ceux qui sont capables de résister à une température minimum de 4°C en hiver. On y trouvera principalement des salmonidés, comme les truites fario, truites arc-en-ciel, ombles chevaliers, saumons de fontaines, cristivomers, mais aussi des vairons. Les salmonidés sont des animaux à sang-froid, ce qui signifie que leur métabolisme est directement conditionné par la température de l’eau. En hiver, ces poissons digèrent donc plus lentement et ont une activité réduite au minimum.

A partir du printemps, l’eau en surface du lac se réchauffe, les poissons quittent les profondeurs et à partir de 7-8°C, leur activité augmente progressivement. A partir de 12°C à 15°C, ces poissons sont au maximum de leur forme et c’est à ce moment là que la pêche devient la meilleure.

Puis en été, lorsque la surface de l’eau dépasse les 15°C, la température devient trop chaude, les poissons sont moins actifs et regagnent les profondeurs du lac. Ils occupent alors une zone dite de confort, dont la température est comprise entre 12°C et 15°C.

A l’exception de quelques rares lacs dans les Pyrénées, la présence de ces poissons dans les lacs de montagne est le plus souvent liée à l’activité humaine. En effet, les poissons indigènes ne peuvent pas coloniser ces lacs car l’eau qui les alimente ne provient que de la fonte des neiges en altitude, et les chances sont trop minces pour que des oiseaux issus des plaines parviennent à venir coloniser ces espaces isolés. Il s’agit d’ailleurs d’un des rares exemples d’une colonisation de niches écologiques jusqu’alors vides qui a donné des résultats plus ou moins bons selon l’acclimatation des espèces de salmonidés introduites. Les premiers alevinages ont eu lieu dans la première moitié du XVIe siècle dans le Tyrol autrichien sous l’empereur Maximilien Premier. Des bergers ont effectué les premiers alevinages en France, à partir du XVIIIe siècle, en particulier pour palier au crétinisme, les poissons représentant pour eux une source essentielle de nourriture et d’iode. Depuis la fin des années 30, la généralisation des alevinages par hélicoptère et la mise en place de politiques de gestion piscicole ont permis de généraliser la présence de salmonidés dans les lacs de montagne pour le plus grand plaisir des randonneurs pêcheurs à la mouche. Enfin la présence des vairons quant à elle est liée notamment à la pêche au vif.

Quelles techniques de pêche à la mouche utiliser en lac de montagne ?

Etant données les conditions de température, la pêche à la mouche en lac de montagne n’est possible que pendant quelques mois à partir du printemps jusqu’au début de l’automne. Et comme les sources de nourriture des salmonidés sont rarement abondantes en altitude, ces derniers se déplacent beaucoup. Le pêcheur à la mouche devra étudier la configuration du lac et repérer les arrivées d’eau, le sens du vent, la présence d’arbustes ou d’éventuels arbres, les tombants (cassures entre parties profondes et moins profondes du lac), et les plages de sables et de graviers. En effet, les poissons occupent généralement les bordures sur une largeur de plusieurs dizaines de mètres dans ces zones dans laquelle se concentre la majorité de leur nourriture (larves, insectes terrestres, vairons etc…).

La pêche en mouche sèche en lac de montagne

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Les conditions de pêche sont souvent incertaines, et les moments les plus propices sont généralement le matin ou tard le soir. Pendant ces périodes, et parvenus à maturité, les insectes aquatiques cachés sous les pierres et dans la vase comme les éphémères et surtout les chironomes, se transforment en nymphes et remontent vers la surface pour atteindre le stade pré-adulte (subimago). Ils doivent alors franchir la difficile barrière de la surface de l’eau pour se transformer définitivement en insectes volants prêts pour la reproduction (imago). Lors de cette étape, la tension superficielle de l’eau qui dépend des conditions climatiques, agit comme une glue qui empêche ces insectes de quitter le monde aquatique. Certains resteront englués et se noieront (spents). D’autres parviendront à s’envoler, à se reproduire, puis retomberont épuisés dans l’eau (spents).

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Quand des éclosions ont lieu, les poissons se mettent alors à gober ces insectes à tout-va, et parfois même tout près du bord. C’est alors le moment pour le pêcheur à la mouche d’utiliser une imitation de sèche ou de chironome émergent. Lors de ces périodes courtes et opportunes, les poissons peuvent sembler parfois moins exigeants, et accepter votre mouche, même si sa présentation et/ou la qualité de l’imitation ne sont pas tout à fait impeccables. On s’attachera tout de même à présenter une mouche montée sur un long bas de ligne (de 3 à 3.5 mètres) terminé par une section très fine (minimum 10 ou 12, et maximum 14). On pensera aussi à dégraisser correctement celui-ci jusqu’à l’œillet de l’hameçon sur plusieurs dizaines de centimètres à l’aide d’un chiffon propre ou en passant rapidement le fil dans sa bouche pour le nettoyer de sa salive. De cette façon, la section du bas de ligne reliée à la mouche sera quasi invisible pour le poisson. La mouche de surface devra aussi être bien sèche et ces hackles bien étoffés et légèrement graissés.

Si le posé de la mouche sur l’eau est propre, silencieux et naturel, alors il suffira d’attendre qu’une truite ayant gobé dans les environs repère votre imitation puis l’engame. Il faut parfois attendre quelques minutes. Mais si rien ne se passe, on pourra alors effectuer quelques petites tirées brèves pour animer l’imitation et créer des sillons dans l’eau qui émettront des vibrations par lesquelles un poisson à proximité pourrait être attiré, et qui seront  susceptibles de déclencher son attaque.

Si plusieurs refus consécutifs ont été essuyés, alors il est peut être temps de changer de mouche. En lac de montagne, j’utilise régulièrement de petites imitations de couleur naturelle (noir, olive, brun ou gris) comme des palmers en plume de cul de canard ou des sedge en poil chevreuil. Rien ne sert de monter une grosse mouche si vous ne distinguez pas bien les insectes qui sont gobés en surface. Soit parce que les insectes sont aussi petits que des moucherons, soit parce que les poissons gobent des insectes sous la surface comme des chironomes. On parle alors de marsouinage, le plus souvent repérables par un museau ou une nageoire caudale dépassant furtivement de l’eau. On montera alors une imitation de chironome émergent, dont la présence dans votre boite à mouche en différents coloris naturels sera indispensable pour la pêche en lac de montagne.

On pourra également mixer les techniques et employer un train de mouche. Une première mouche appelée « sauteuse » sera de surface comme un sedge ou un chironome émergent. Sur la partie courbée de son hameçon on fixera une longueur supplémentaire de fil à laquelle on reliera 1 ou 2 chironomes epoxy montés en potence. Avec ce montage et selon la longueur du fil rajouté on pourra cibler différentes couches d’eau et donc maximiser les chances de toucher un poisson.

En milieu ou fin de matinée, quand le soleil aura franchi le sommet des montagne surplombant le lac, l’air va commencer à se réchauffer, et le vent se lever. Les éclosions vont se faire plus rares, et d’autres insectes comme les terrestres (fourmis, sauterelles, coléoptères, araignées etc…) jusqu’alors encore endormis vont faire leur apparition. Comme ils sont susceptibles de tomber à l’eau, on pourra pêcher sous les arbustes et près des abords herbeux avec des imitations de terrestres. Puis progressivement des insectes volants vont faire leur entrée et la pêche en sèche pourra de nouveau être productive.

La pêche en nymphe en lac de montagne

Si aucune activité de surface n’est visible, on pourra alors pêcher en nymphe. On utilisera alors une soie de préférence plongeante, et un bas de ligne en pointe de 14 minimum, car les attaques avec cette technique peuvent parfois être violentes. La pêche en nymphe à vue devient intéressante si des poissons sont visibles près du bord. Les truites fario par exemple longent généralement les berges, les tombants et les cailloux immergés, à la recherche de nourriture. On s’attachera alors à présenter la mouche à une distance suffisante (1.5 ou 2 mètres minimum) devant et sur la trajectoire du poisson. En effet, une nymphe notamment à tête plombée fait suffisamment de bruit lorsqu’elle touche la surface de l’eau pour effrayer et faire fuir définitivement un poisson.

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En pêche en nymphe à vue, la discrétion du pêcheur doit être totale, et il devra évoluer très lentement et presque comme un félin. Si la distance du poisson ne permet pas un lancer classique, il pourra présenter sa mouche avec un lancer en arbalète. L’hameçon de la nymphe sera alors saisi entre le pouce et l’index de la main gauche. La soie sera bloquée avec l’autre main qui tient la canne au niveau de la poignée, en gardant une longueur de ligne suffisante pour atteindre la zone visée. Puis en tirant sur la mouche de la main gauche, la canne sera bandée comme un arc au niveau du sillon tout en restant pointée sur la cible. Une fois armée, il suffit alors de lâcher la mouche, qui finira normalement sa course sur la zone visée. Cette technique est difficile et nécessite une bonne concentration mais génère au pêcheur une émotion intense lorsque le poisson « mord à l’hameçon ».

Enfin, quand le poisson n’est pas visible ou que le vent à la surface de l’eau empêche une bonne visibilité du fond, on pourra continuer à pêcher en nymphe plombée, en ramenant celle-ci à l’aide d’un tricotage lent de la soie avec la main gauche. On continuera à balayer les berges, les tombants et les cailloux immergés. Un streamer de couleur blanche, olive ou noir et à tête plombée pourra aussi être essayé toujours avec une soie plongeante et/ou un très long bas de ligne en pointe de 14 minimum. Il imitera un petit vairon, qui en pêchant en profondeur, sera susceptible d’intéresser de beaux  poissons, comme les discrets ombles chevaliers, saumons de fontaine et cristivomers qui préfèrent rester à l’écart de la lumière…

Pour en savoir + sur ce sujet, je vous recommande les ouvrages suivants :

Si vous souhaitez en apprendre d’avantage sur les secrets de la pêche à la mouche en lac de montagne, alors je ne peux que vous recommander les 2 ouvrages suivants :

1) Le livre « Pêche à la mouche en étang, réservoir et lac de montagne« , de Pierre Affre, Pascal Durantel, et Jean-Louis Teyssié.

Un guide complet et très bien conçu, avec de magnifiques illustrations, et des conseils avertis sur les techniques et les poissons qui peuplent ces lieux mystérieux que sont les lacs de montagne, et plus généralement les étangs et réservoir de France. Les auteurs vous révèlent les techniques de pêche à la mouche qui vous permettront de prendre plus facilement des poissons parmi les plus difficiles et souvent méconnus pour la plupart des pêcheurs débutants (saumons de fontaine, cristivomer, truites fario, ombles chevalier etc…).

« Pêche à la mouche en étang, réservoir et lac de montagne »

2) La vidéo « Pêche à la mouche en lac de montagne« , de Jean-Claude Andre, Vincent Ingels

Une vidéo envoûtante sur une journée de pêche à la mouche exceptionnelle en lacs d’altitude réalisée par un pêcheur et spécialiste en la matière Jean-Claude ANDRE.

« Pêche à la mouche en lac de montagne »

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Commentaires 2 à Pêche à la mouche en lac de montagne

  1. Avatar alyre_mallet
    alyre_mallet dit :

    j aimerai savoir ou me trouver des hameçons de la norvege pour la peche aux maquereaux hameçons a un cros

    • Avatar Lemoucheur31
      Lemoucheur31 dit :

      Bonjour, vous en trouverez facilement sur un site de vente d’articles de pêche en ligne, ou bien directement dans votre magasin de pêche notamment si vous habitez près de la mer.